Un président défenseur ou prophète des peuples non européens ?

La seule constance de Chirac

Le projet est le fruit de ses visions géopolitiques.

De l'art de muséifier un message politique. Porté par Jacques Chirac depuis dix ans, le musée du Quai-Branly est pour lui l'aboutissement d'un long cheminement et d'une passion totale pour les civilisations non occidentales. Il reflète l'une de ses rares convictions véritablement structurées : toutes les cultures doivent être reconnues sans hiérarchie pour pouvoir dialoguer au sein d'un monde multipolaire. «La domination de l'Occident, c'est terminé. Et le président de la République est le premier chef d'Etat à l'avoir intégré en proposant à ses interlocuteurs une autre vision des relations internationales», a coutume de répéter en privé son conseiller diplomatique, Maurice Gourdault-Montagne. Illustration au Brésil et au Chili il y a trois semaines, où Chirac a défendu le nouveau président bolivien Evo Morales, dont le programme de nationalisation des hydrocarbures inquiète Etats riverains et multinationales : «Je n'ai pas à juger les choix de politique intérieure d'un homme démocratiquement élu. Mais je sais une chose : il a rendu sa dignité à un peuple privé de ses droits et de son identité

L'idée de laisser un édifice pour la postérité n'a jamais intéressé Chirac. Maire de Paris puis président de la République, il n'a pas créé de commissions ou ministère dédiés aux Grands Travaux, comme François Mitterrand. A travers le Quai-Branly, il sanctuarise une certaine idée de la diversité, défendue de tribunes en sommets, en espérant que l'Histoire rendra un jour hommage au visionnaire. Ce matin, seuls seront à ses côtés pour l'inauguration le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et son amie guatémaltèque d'origine indienne, la prix Nobel Rigoberta Menchu... ainsi que Lionel Jospin qui donna son feu vert pour la réalisation du musée en 1998.

Propos radical à l'appui, Jacques Chirac explique ce qui a suscité chez lui la création de ce musée : «Il s'agissait [...] de donner leur juste place à des arts et des civilisations trop longtemps ignorés ou méconnus, de rendre toute leur dignité à des peuples trop souvent rejetés, abaissés, parfois anéantis par l'arrogance, l'ignorance, la bêtise et l'aveuglement.» Tous ceux qui le côtoient savent à quel point il nourrit une profonde détestation pour «l'arrogance» du christianisme. Qui n'a «ni l'ancienneté, ni la tolérance, ni la véritable profondeur mystique des grandes religions asiatiques», confie-t-il un jour à son collaborateur des années 80, Bernard Billaud. En 1992, Chirac, maire de Paris, refuse de s'associer aux célébrations de la découverte de l'Amérique par Colomb. Il en parle alors comme d'un événement marquant «le commencement d'un génocide». Et, en 1994, au creux de la vague face à Balladur, il est la risée des beaux esprits lorsqu'il inaugure, au Petit Palais, une exposition consacrée aux Indiens Taïnos.

Seule ombre au tableau de sa passion, son «refus de l'ethnocentrisme» l'a transformé en l'un des dirigeants les plus complaisants à l'égard de nombre de dictatures ou de régimes policiers. «Il ne faut pas juger à l'aune de nos critères. Le premier des droits, c'est celui de manger à sa faim», lance régulièrement le Président du «pays des droits de l'homme» à ceux qui attirent son attention sur les libertés individuelles.

(Article de Antoine GUIRAL extrait de Libération du 20/06/2006)

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Commentaires

Titophe a dit…
Salut Eugene. Oui, le discours de Chirac etait plutot bien vu. Pourtant, je ne partage pas entierement ton opinion sur l'homme et surtout sur son action en faveur d'un rapprochement plus tangible. N'oublions pas que c'est un ministre de sa majorité qui a voulu faire voter une loi pronant le cote positif de la colonisation, que Pasqua est un de ses premiers lieutenants, et surtout qu'il est un des meilleurs amis de Bongo. Bref, je n'exclue pas le double (ou plutot multiple) langage chez cet individu qui ne sait plus comment faire pour partir la tete un peu relevée...
Pr EFL a dit…
Salut Titophe,

Je sais que le président Chirac est très ambigu. Il est à l'origine de plusieurs maladresses très calculées de langage envers les minorités. Souvenons-nous que c'est lui qui avait parlé des odeurs en parlant des immigrés dans les cités des banlieues; que la démocratie est un luxe pour les états africains etc...

C'est un vrai démagogue.

Mais de temps en temps, il veut marquer l'histoire. Certes que c'est peu par rapport à l'ampleur des dégâts causés par lui pour ses propos "xénophobes ou racistes" à but électoral; et par rapport à ce que les minorités attendent de lui en France. Et aussi ce que les peuples africains attendent des présidents français, car jusqu'à preuve du contraire il est l'éternel parrain des dictateurs africains des ex-colonies françaises, après De Gaulle.

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